L’économie circulaire dans la construction

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Trois axes qui pourraient être abordés dans la loi sur la transition énergétique:

- considérer les déchets comme des ressources,

- favoriser l’innovation technologique et les initiatives territoriales,

- définir de nouveaux modèles de fiscalité et de comptabilité qui permettront de concilier économie et écologie

Atelier-débat Eden du mardi 20 mai 2014

François-Michel Lambert, député EELV et Président-fondateur de l’Institut de l’Economie Circulaire, était l’invité de Jean Bergougnoux, Président de l’Association Equilibre des Energies (Eden).

« Les déchets doivent être considérés comme des ressources et nous souhaitons que cela soit inscrit ainsi dans la Loi sur la transition énergétique. Cette Loi devra être souple et flexible pour que l’économie circulaire reste une opportunité d’innovations, de créativité environnementale et de mise en œuvre d’initiatives territoriales. En revanche, il est urgent et nécessaire de réviser la fiscalité et les modèles de comptabilité afin de lier économies et écologie. La transition énergétique doit être synonyme de croissance et de profits, pas de contraintes et d’investissements non rentabilises” déclare François-Michel Lambert.

Ségolène Royal a confirmé que l’économie circulaire représentait l’un des quatre chantiers prioritaires de son action avec : la mobilité propre; la rénovation thermique et le développement des énergies renouvelables. Comment l’économie circulaire pourrait modifier les secteurs du bâtiment et de l’énergie ?

Les principes de l’économie circulaire

Fondé par François-Michel Lambert, avec notamment La Poste, la Fondation Nicolas Hulot, Gaz Réseau Distribution France, Ecofolio (etc.), et créé en février 2013, l’Institut de l’économie circulaire a pour mission de promouvoir une nouvelle économie sobre en matière première et où les déchets se feraient ressources.

L’économie circulaire est l’économie de l’intelligence face à la rareté. Nous ne sommes pas encore dans la rareté mais nous devons anticiper la raréfaction des ressources. Au rythme actuel, dans 10 à 20 ans, le zinc et le plomb, par exemple, auront totalement disparu.

De plus, en 2025, 4 milliards d’habitants devraient avoir le niveau de vie des européens.

Si l’on garde notre modèle de production et de consommation actuels, cela ne passe plus.

Dans l’économie circulaire, il s’agit de rompre avec la logique linéaire prédominante dans notre économie en utilisant comme source énergétique un maximum d’énergies renouvelables qui préservent au mieux les ressources, la santé et l’environnement. C’est économiser et optimiser les ressources qui nous sont données.

L’économie circulaire a pour objectif de rompre avec la logique linéaire qui prévaut : extraire, fabriquer, consommer, jeter. Face à l’épuisement de nos ressources, l’économie circulaire propose de produire autrement, en intégrant une exigence écologique à tous les niveaux, de la conception, en passant par la production, jusqu’au recyclage. Dans ce modèle, les sources d’énergie utilisées doivent être le plus possible renouvelables et le recours aux produits chimiques évité, mais le maillon essentiel est bien le zéro déchet. Site du ministère de l’Ecologie, mai 2013.

Cependant il ne faut pas le faire via des directives précises mais en encourageant l’innovation à tous les niveaux. « L’exemple de la RT2012, qui permet certaines avancées mais qui est à certains égards trop rigide doit nous servir - dans le cas de l’économie circulaire -  de contre-exemple. Nous ne souhaitons pas définir des normes qui bloquent l’innovation et les initiatives territoriales mais au contraire, mettre en œuvre une politique incitative qui permette de valoriser les bonnes pratiques l’innovation avec une fiscalité et une comptabilité innovantes. En libérant la créativité et l’esprit d’initiative nous arriverons à mettre en œuvre les 3 R, axes fondateurs de l’économie circulaire ; Réduction, Réutilisation, Recyclage. Pour ce faire, il s’agit notamment de revoir notre comptabilité qui ne permet pas de prendre en compte les impacts que les collectivités paient » a affirmé François-Michel Lambert.

L’économie circulaire dans le bâtiment

« Dans le secteur du bâtiment, il faut rapidement utiliser beaucoup de ressources. C’est pourquoi, Il nous faut apprendre à utiliser le juste nécessaire, apprendre à récupérer et régénérer les matières. Mais quand on parle d’économie circulaire dans le bâtiment, on parle aussi d’énergie. Dans le secteur du bâtiment il y a énormément d’énergie fatale, d’énergie perdue que l’on pourrait récupérer. Des calories que l’on pourrait réinjecter en fonction des besoins. Tout le monde fait de l’économie circulaire sans forcément le savoir. Mais aujourd’hui il y a une accélération car on a compris que le régime de profusion en termes de ressources ou d’énergie n’était pas viable » a poursuivi François-Michel Lambert.

Les déchets du bâtiment qui proviennent à 65% de la démolition, 28% de la réhabilitation et 7% de la construction neuve, représentent, bon an mal an, quelque 50 millions de tonnes de matériaux, à comparer aux 30 millions de tonnes de déchets ménagers. On estimait qu’en 2012, moins de la moitié de ces matériaux étaient recyclés. (Observatoire Statistique du MEDDE)

Pour Jean Bergougnoux, « les activités représentées au sein d’EdEn, qu’il s’agisse des différentes filières de la construction et de la rénovation des bâtiments, de l’utilisation rationnelle des énergies dans le résidentiel et tertiaire, de la conception, de la production et de l’installation des équipements permettant de mettre en œuvre ces énergies, sont et seront de plus en plus impactées par les concepts, les prescriptions et les pratiques de l’économie circulaire. »

Dans la construction, même s’il existe des initiatives, l’économie circulaire reste à inventer et peut être mise en œuvre de plusieurs façons :

1. En amont, lors de la conception des bâtis – choix de matériau, isolation… Développement de réseaux collectifs de gestion des déchets, de production d’électricité à base d’ENR, en organisant et favorisant la régénération des matériaux comme on le fait avec le granulat. Il existe aujourd’hui de nombreux exemples d’entreprises industrielles développant un réseau de récupération de chaleur, réinjectée dans l’industrie ou même pour chauffer des bâtiments. Il faut poursuivre dans ce sens pour que chaque calorie soit vue comme une ressource à récupérer, à ne pas gaspiller. Il faut encourager la recherche et l’innovation pour inventer les technologies de recyclage qui permettraient de considérablement réduire les 50% de déchets non recyclés par manque de savoir-faire. Jean Bergougnoux précise à ce sujet, « s’agissant de la valorisation énergétique des déchets qu’il s’agisse de déchets agricoles, industriels ou ménagers, le choix est ouvert entre les techniques classiques de production de chaleur par incinération qui ont été perfectionnées au fil des ans, et les techniques porteuses d’avenir de production de biogaz par méthanisation. Ce biogaz, lui-même, peut être utilisé pour la production locale d’électricité, la substitution aux combustibles fossiles comme source d’énergie dans les réseaux de chaleur ou, après purification, être injecté dans les réseaux de gaz naturel. On assiste donc à une floraison de solutions énergétiques qui impactent directement ou indirectement la problématique de l’utilisation rationnelle des énergies dans les quartiers et dans les bâtiments. »

2. En rationnalisant la production avec le développement des solutions technologiques innovantes– solutions d’efficacité énergétique, chaudière bi-énergie, réutilisation des eaux usées. Il y a aujourd’hui de nombreuses innovations qui réinventent les fondamentaux en termes de chauffage ou d’équipements sanitaires qu’il faut savoir soutenir.

« L’exemple du système de récupération de chaleur de l’usine Arcelor de Dunkerque en est une illustration » confirme Patrice Novo, Directeur marketing chez Dalkia IDF « Les fumées autrefois perdues sont récupérées et la chaleur est ainsi utilisée pour chauffer la ville proche de l’usine ».

Pour Jean Bergougnoux, cela passe également par le remplacement, dans le cadre des projets de rénovation, des matériaux et matériels anciens, énergivores par de nouvelles solutions, recyclables et favorisant des économies d’énergie.

3. En généralisant la notion d’usage et de fonctionnalité pour rationaliser la consommation d’énergie plutôt que de rester sur le concept de propriété qui nous pousse à la consommation et augmente de manière considérable notre consommation énergétique. Le co-voiturage doit se généraliser à d’autres biens de la vie courante. Pour Jean Bergougnoux, « Il est clair que la durabilité des équipements et appareils utilisant les énergies dans les bâtiments résidentiels et tertiaires qui repose d’une part sur leur conception et d’autre part sur les politiques d’entretien et de réparation qui leur sont appliquées, est de nature à minimiser la consommation de matières premières plus ou moins rares qui sont nécessaires à leur fabrication ainsi qu’à optimiser les coûts de traitement et recyclage attachés à leur fin de vie. Mais, a contrario, n’est-ce pas par le biais du renouvellement des équipements que le progrès technique prend souvent effet ? Que l’on pense, par exemple, à l’électroménager (consommations d’eau et d’électricité) ou, plus encore aux technologies de l’informatique, de la communication et de l’audiovisuel et, pour sortir de notre cadre, au renouvellement du parc automobile, source majeure des progrès en matière de consommations de carburant au km parcouru. Il y a là, me semble-t-il, une vraie problématique mais qui, en tout état de cause, ne peut trouver de réponse satisfaisante sans une maîtrise technique et économique du recyclage ».

« Aujourd’hui, la filière bâtiment est force de proposition depuis l’épargne jusqu’à la régénération des matériaux. Elle doit poursuivre dans ce sens en développant la transversalité qui est un des enjeux fondamentaux pour regrouper les intelligences collectives. Les bâtiments qui sont des points de fixation dans le temps ont la capacité de donner de la perspective en développent des projets où les différents acteurs se partagent les charges mais aussi les bénéfices.

Les fournisseurs d’ENR ont un rôle essentiel à jouer mais ce ne sont pas les seuls acteurs. Pour ma part, je crois beaucoup dans les SIC ou les Sociétés d’économie mixte à projet unique que l’on vient de voter à l’Assemblée Nationale où l’investissement et la redistribution seraient partagés car au-delà de la technologie, de nouvelles façons de gouverner, de nouvelles fiscalités doivent être inventées et c’est tout notre modèle qu’il faut repenser. Il est incompréhensible que des entreprises locales, innovantes, soient aujourd’hui pénalisées car les bénéfices d’une gestion intégrée et globale des ressources et des déchets ne peut pas être valorisée en euros ! Elles sont écartées de manière quasi-systématique des Appels d’offres publics qui ne prennent en considération que le prix d’achat à court terme sans aucune considération des impacts économiques, sur l’emploi ou sur l’environnement. Il est temps d’avoir une vision plus cohérente de la transition énergétique, transversale, tout en favorisant les actions territoriales » a conclu François-Michel Lambert

François-Michel Lambert

François-Michel Lambert est député EELV de la 10è circonscription des Bouches du Rhône, Vice-Président de la Commission Développement Durable et Aménagement du Territoire de l’Assemblée nationale.

Il est co-rapporteur d’une mission sur la biomasse qu’il a rendue en juin 2013 pour alimenter le débat sur la transition énergétique voulu par le Président.

Il a été le chef de file du groupe EELV de l’Assemblée nationale sur la thématique de l’économie circulaire pour la conférence environnementale 2013.

Il est Président-fondateur de l’Institut de l’Economie Circulaire au travers duquel il souhaite initier un changement profond de notre modèle économique et à l’origine de la création du Club des parlementaires pour l’économie circulaire.

Il a reçu à ce titre en 2013 la Marianne d’Or du développement durable pour son action volontariste.

Engagé chez les Verts puis EELV depuis plus de 20 ans, il milite pour un projet de société écologiste pragmatique et tourné vers le XXIème siècle.

A propos de l’association Equilibre des Energies (EDEN)

Equilibre des Energies (EDEN), créée en 2011, réunit professionnels, industriels, institutionnels et citoyens qui souhaitent bâtir le renouveau énergétique du bâtiment en s’appuyant sur un mix décarboné des énergies, conciliant performances économique, énergétique et environnementale.

Ainsi, EDEN participe au débat national sur la transition énergétique afin que les réglementations publiques soient cohérentes et pérennes avec le discours politique. Notre objectif est  que la réduction inéluctable des émissions de gaz à effets de serre soit une opportunité de croissance et de compétitivité inscrites dans l’avenir mais aussi, une réelle occasion de lutte contre la précarité énergétique.

Pour EDEN, l’innovation et les nouvelles technologies - utilisées notamment pour la rénovation dans les solutions bi-énergies couplant l’électricité avec le gaz, le bois ou le fioul - mais aussi en domotique ou pour le déploiement d’un réseau intelligent - sont un pilier pour respecter nos engagements du Grenelle de l’environnement et développer les énergies renouvelables.

En nous appuyant sur une efficacité énergétique, passive mais aussi active, des bâtiments et une décarbonation aussi poussée que possible des énergies, nous préparons un avenir responsable et durable. www.equilibredesenergies.org

Pour plus d’informations :

Nathalie Laurent : 06 03 98 19 41 / nlaurent@nklconseil.com

Bertrand Dussauge : 0619191928 / bd@equilibredesenergies.org

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